[à cœur ouvert] Ma descente aux enfers

Cet article n’était pas prévu, mais je ne savais pas m’endormir hier soir, parce que je me suis rendue compte d’une chose très importante à mes yeux : je ne suis pas toujours sincère avec vous. Par là je veux dire que je vous présente toujours le plus positif de ce qu’il y a en moi, car c’est ce que je veux véhiculer auprès de vous, c’est ce que je veux vous inspirer car c’est tout ce que j’espère pour vous : du positif à n’en plus finir, et du bonheur coulant comme du miel. Exceptionnellement, pour cet article, je vais parler en « tu », pour le rendre plus proche de tou(te)s ceux et celles à qui je vais parler ici. L’article risque d’être un peu long, j’espère que ça ne te dérangera pas et surtout, qu’il pourra t’aider si toi aussi tu as vécu des choses comme ça. Je te demanderai aussi de ne pas me juger, comme je ne te jugerai jamais, parce qu’on n’est pas dans les baskets des autres, tout simplement.

Planter le décor

J’ai déjà remarqué que beaucoup pensaient que j’avais une petite vie parfaite, et je suis à peu près certaine que tu l’as déjà pensé aussi. Ce n’est pas du tout pour me vanter, c’est simplement que c’est quelque part recherché, tu sais, dans ce brouhaha des réseaux sociaux, il faut toujours montrer son meilleur visage. J’avais une petite famille parfaite, une vie équilibrée, un amoureux depuis quelques années, des amis, des études que je réussis bien, de l’ambition et bla-bla-bla, t’as compris la chanson.

Je vais être brutalement honnête : j’avais la vie parfaite, mais comme on te le dira souvent, la roue tourne, et ce que j’ai bien appris, c’est que ce n’est pas forcément une histoire de karma, et le poids de l’injustice peut pas mal peser. Ce que je veux dire par là c’est que je pars d’une situation où certes je n’avais pas forcément à me plaindre, mais je faisais partie de ces ados en dépression, qui avait des problèmes avec la bouffe, malheureuse comme les pierres, qui passait ses soirées à pleurer, jusqu’au jour où j’ai voulu changer ma vie. J’ai voulu prendre un peu le contrôle de tout ça, mais peut-être un peu trop en fait, tu comprendras plus tard pourquoi je dis ça. Alors oui, j’ai réussi à tout avoir pour être heureuse, et je l’étais vraiment, j’étais pétillante, remplie de joie, et je n’aurais pas vu ma vie autrement, sauf que la vie, elle, elle le voyait autrement (quelle coquine celle-là, je te jure).

Et boum

Et oui, boum. Comme beaucoup aiment le dire, toute bonne chose a une fin, et à ce qu’il parait, c’est vrai, même si encore aujourd’hui je n’ai pas envie d’intégrer cette maxime.

Alors voilà, ma petite vie parfaite a commencé à s’effriter tout début septembre 2016, quand mes parents ont décidé de divorcer. Alors oui oui, on est beaucoup dans ce cas, je suis une grande fille tout ça tout ça, sauf que comme je le dis toujours, le pire dans une situation, ce n’est pas la situation, mais comment la personne la vit. Et je l’ai mal vécu, très mal vécu. Seulement voilà, j’avais 22 ans, une petite soeur, et plein d’amis qui étaient déjà passés par là, alors tu comprends, j’avais pas le droit de dire quoi que ce soit. Globalement ce qui me revenait c’était « c’est bon y a plus grave dans la vie » et c’est très vrai, mais je n’avais pas besoin qu’on me plaigne, j’avais juste besoin qu’on m’écoute, et qu’on donne du crédit à mes maux, sauf que dès que je commençais à en parler c’était « et ta petite soeur, comment elle le vit ? » et boum, je n’existais plus, et mes sentiments non plus. J’ai donc pris la place de celle qui carry comme on dit, celle qui tient bon, qui soutient les autres et qui semble forte, même si à l’intérieur ce n’était pas le cas.

C’est aussi comme ça que je me suis retrouvée ballottée entre 4 « chez-moi » : celui de mon père, celui de ma mère, celui de ma colocation, et celui de mon amoureux, et je ne sais pas si tu as déjà vécu ça mais à avoir autant de chez soi, on ne se sent finalement chez soi nulle part. Je me suis sentie SDF alors que j’avais en fait trop de « chez-moi ». Et à nouveau ça, personne ne le comprenait, puisque tu vois, t’as toujours un endroit où dormir quand c’est comme ça, et il parait que c’est pratique, et donc que c’est bien.

J’ai ensuite appris que ma grand-mère avait un cancer, qu’elle devait être opérée, et ça aussi, ça fait un sacré boum. Et puis ça a été le tour de mon chat d’être malade aussi, sans trop savoir ce qu’elle avait, le vétérinaire nous a prescrit pas mal de choses à lui donner pour améliorer son état. Parallèlement à tout ça, j’avais repris les cours aussi, en première année de Master, pensant que ça serait plus simple que le bachelier, je m’étais bien trompée. Entre mes cours, l’étude, les milliards de travaux, mon horaire de boulot, un poste dans un organisme étudiant, des cours particuliers que je donne, et mon petit rôle de blogueuse, je me suis retrouvée avec un horaire de 60 heures/semaine, et un stress de malade. J’ai vécu un sacré surmenage et j’attendais la fin de l’année avec impatience, pour enfin pouvoir relâcher un peu la pression. Tu vois, à force de tout vouloir contrôler, en fait, on s’y perd… Ça s’est marqué sur mon corps, qui a commencé à défaillir à cause du stress, et sur mon mental aussi, bien évidemment.

La fin de l’année a compris une bonne et une mauvaise nouvelle. Je commence par la bonne : l’opération de ma grand-mère s’est bien passée, bien qu’elle en fût très affaiblie, son cancer lui, était bel et bien parti. La mauvaise : c’était le premier réveillon de Noël qu’on ne passait pas en famille et pour couronner la situation, lorsque nous sommes rentrés dans cette nuit de Noël (tu sais, le truc qui est censé être magique là avec plein de lumières, de cadeaux, de bonheur et tout le toin toin), nous avons retrouvé mon petit chat sans vie. Nous n’avions donc pas réussi à la guérir, après plusieurs semaines à tenter de la soigner. Chouette façon de terminer l’année hein ? Je n’en ai pas dormi pendant plusieurs nuits, les images me marquant totalement, et les sanglots comblant mes soirées. A nouveau, je me suis pas mal tue sur le sujet, parce que tu comprends, qui pleure pour un chat ? C’est débile hein ? C’est juste un bête animal, ou c’est en tout cas ce que beaucoup pensent et peut-être même toi. A nouveau, c’est pas la situation qui importe, c’est le ressenti, et je ne cesserai de le répéter.

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Nouvel an, nouveau départ

Après une fin d’année plutôt chaotique comme tu as pu le comprendre, j’ai attendu 2017 comme une bénédiction. Changer d’année semblait un symbole assez fort, tu ne trouves pas ? Alors me voilà remplie de nouveaux objectifs, passablement reboostée même sans vacances (t’as vu la beast ici ? Lolilol), prête à affronter tout ça ! Et en effet ça a bien commencé, j’ai bien réussi mes examens de janvier, et j’étais parée à commencer mon stage : un looooong stage de 600 heures, soit 5 mois. Mais tu sais bien, quand tu crois enfin que c’est fini, y en a encore.

Et boum. Mon stage ayant pourtant bien commencé, je me rends assez vite compte que je ne suis pas trop à ma place, et que mon horaire de 50 heures/semaine au total (à nouveau le boulot et compagnie tu sais), bien que plus light qu’avant, va vite m’épuiser. Tant pis, pas le choix.

Et boum. Le 28 février 2017, sans crier gare, c’est mon petit chien d’amour qui s’en va. Énorme choc pour moi qui était très angoissée de la perdre (car c’est une fille hein), car elle avait déjà eu des problèmes de santé, sauf que ça allait mieux, et que je ne me serai jamais attendue à ce que ça arrive, là, maintenant, c’était trop tôt, j’étais pas prête, pas du tout. Et là j’ai réagi très différemment que pour mon chat, parce que j’ai à peine pleuré, et j’ai continué ma vie, comme si de rien était, puisqu’à nouveau, pourquoi pleurer pour un chien n’est-ce pas ? (la victime éternellement incomprise que tu te diras, mais il est vrai que j’ai à peine essayé d’en parler, pensant pertinemment que personne n’accorderait de crédit à mon ressenti). Et donc c’est ce qu’on pourrait appeler un certain déni, et le problème avec le déni, c’est qu’il te revient en pleine face, et oui ! Je me suis retrouvée à faire des cauchemars toutes les nuits (cela fait donc près de 7 mois, plutôt cool non ?) en rêvant de la mort de mille façons différentes, me réveillant en sueur, tremblante, et à être crevée tous les jours. J’entends encore parfois mon chien aboyer, ou je crois la reconnaître dans la rue. Je suis incapable de te regarder heureux ou heureuse avec ton chien parce que ça me donne envie de m’écrouler en pleurs. Ouais tu vois, c’était peut-être qu’un chien, mais qu’est-ce qu’elle était importante pour moi.

Le coup de grâce

A mon stage, tout s’est détérioré de plus en plus, ma fatigue était telle que les trois quarts du temps j’avais l’impression d’être dans un rêve, complètement à côté de la plaque, j’étais assaillie par le stress, je pleurais pour un rien, j’avais la tête remplie d’images horribles en permanence et j’avais juste envie de disparaître. Je me suis sentie tellement faible, tu n’imagines même pas à quel point ça a blessé mon égo et mon image de femme forte, voilà surement aussi pourquoi je ne t’en avais pas encore vraiment parlé, de tout ça. J’en suis arrivée à vouloir mourir, pas parce que je voulais mourir mais juste parce que je n’en pouvais plus de tout ça : les pensées noires, la fatigue, l’incompréhension. Je me suis sentie seule au monde, emprisonnée entre les quatre hauts murs de la solitude, celle qui nous bouffe parce que tout le monde discrédite ce qu’on a vécu et ressenti, celle qui nous ronge et nous donne froid parce que tout le monde nous met la pression pour qu’on aille mieux, pour sortir, prendre un verre, aller manger un bout, sauf que… Je n’avais aucune ressources, j’étais juste à bout, et je voulais disparaître. J’en suis arrivée au point où mes douches étaient devenues optionnelles, par manque de temps, je mangeais devant le boulot ou j’oubliais de manger tout court, j’en étais revenue au même point que fin 2016, mais en pire. Je faisais des malaises tellement j’étais crevée et chaque matin c’était la guerre pour me lever.

Et puis boum. La situation s’étant tellement envenimée, que cela s’est terminé avec mon copain. Et oui, tu n’étais surement pas au courant, comme la plupart des gens en fait, mais je ne l’ai pas crié sous tous les toits, tu imagines bien, et puis c’est seulement maintenant que je commence à réaliser, c’est surement pour ça que j’ose enfin l’écrire. Et me voilà donc : je suis passée d’une petite vie parfaite à une sorte d’enfer, car chaque domaine de ma vie s’est écroulé. Ma famille s’est divisée, j’ai perdu des êtres chers, j’ai eu peur pour d’autres, je me suis retrouvée face à l’incompréhension des autres, me propulsant vers une certaine solitude, mon domaine professionnel s’est avéré être une source de souffrance, là où il avait pourtant toujours été source de jouissance pour moi, et puis j’ai perdu celui qui m’aidait à tenir le coup, mon allié.

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Et donc

Et donc toi qui pensait que ma vie était parfaite, tu peux voir à quel point elle ne l’est pas. Je suis comme toi, et comme les autres. Tu peux savoir maintenant à quel point certaines journées sont compliquées et tu peux voir que la plupart des choses ne sont que façade. Seulement voilà, toutes mes tirades sur l’espoir, la positivité et l’amour, elles sont vraies, parce que j’y crois plus que tout et c’est ce qui me fait tenir. Je ne te parle pas de tout ça pour que tu me plaignes, parce que tu sais, beaucoup de gens vivent parfois bien pire, et puis toi aussi tu as tes casseroles, je le sais. Non moi je te dis tout ça pour faire tomber le masque, pour être transparente et pour te montrer qu’il faut toujours tenir bon et ne jamais abandonner. C’est un peu ce que je te disais dans mon article sur le deuil, ou encore celui sur la dépression. N’abandonne jamais, s’il te plait. Même si tu dois te voiler la face un moment, même si tu dois te mentir pour tenter d’y croire, mais ça en vaudra toujours la peine, ça, j’en suis certaine.

Si je reprends mon histoire, je pensais que j’avais tout, et jamais je n’aurais vu ma vie autrement, c’est bien parce que je n’ai pas eu le choix. Et aujourd’hui je ne vois plus ma vie comme parfaite, mais tu vois, j’ai l’espoir d’en reconstruire une où je pourrai à nouveau être heureuse, et ça, c’est ce qui fait tenir bon. Et puis, on doit toujours espérer un nouveau départ.

Et donc je te demanderai, s’il te plait, de toujours tenir bon, de ne jamais oublier l’espoir, de t’entourer toujours de positif, de joie, de sourires et d’amour. Je te demanderai de ne jamais oublier les beaux moments, et d’accepter et pardonner les mauvais. Vas toujours de l’avant. Je te demanderai aussi de ne pas croire tout et n’importe quoi sur les réseaux sociaux, parce que je sais que ça peut faire mal, ça peut nous rendre jaloux(ses), ou on peut se sentir très mal de ne pas avoir une « aussi belle » vie que les autres, mais bien souvent, on ne nous montre que le positif, et bien que je sois désolée de ne pas avoir été honnête avec toi plus tôt, c’était aussi pour me protéger, et pour continuer à véhiculer tout ce que j’ai envie de te donner : la joie, la positivité, l’amour, l’espoir.

Profite de chaque instant, car on ne sait jamais ce qui peut arriver. Souris sans limites, aime sans conditions, vis sans avoir peur, panse ce qui t’a fait du mal avec les joies que tu pourras trouver demain, et même aujourd’hui, maintenant.

Alors pour toi, pour moi, pour ceux qui sont autour de toi, pour ceux qui ne sont plus là, pour tout ce qui a changé, et pour tout ce qui changera : n’abandonne pas.

Je t’embrasse,

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