Le deuil, ou le trop plein du vide

Le deuil, c’est ce trop plein de vide qui d’un coup vient nous frapper en pleine face, nous rappelant que nous ne faisons que passer dans cette vie qu’on croit parfois éternelle, oubliant notre mortalité, oubliant notre nature éphémère. Comment faire face à la perte d’un être qui nous a accompagné des années durant ? Comment continuer à vivre ?

Une des pires choses, à mon sens, lorsqu’on fait face au deuil, que ça soit le deuil dans le sens d’un décès, ou dans le sens d’une fin (fin de relation par exemple), c’est la fatalité du monde qui continue d’avancer autour de nous, quand on se retrouve à l’arrêt, pétrifié.

« The carousel never stops turning »

Je ne sais pas si vous avez déjà expérimenté cette sensation de solitude extrême, de désarroi total, lorsque vous êtes au milieu d’une foule qui avance, qui bouge, qui vit, qui fourmille, alors que vous vous sentez complètement bloqué. Vous êtes là dans une vie qui d’un coup semble aller à du mille à l’heure, pendant que vous êtes à terre, sans plus trop savoir quoi faire, avec comme seule compagnie une douleur qui vous brise le cœur à chaque seconde, une lourdeur dans la poitrine qui semble ne jamais vouloir vous quitter. Le deuil, c’est être obligé de s’effondrer pour un jour espérer se relever.

Je ne vais pas vous refaire un topo des différentes étapes du deuil, car d’une part je ne suis pas là pour donner un cours sur le deuil, et d’autre part elles ne sembleront n’avoir aucun sens dans cet article étant donné que tout le monde ne passe pas forcément par toutes les phases, pas dans le même ordre, ou repassant plusieurs fois par la même phase. Je pense alors me contenter de faire ressortir certains ressentis du deuil.

Notamment ce passage que je trouve atroce : le réveil. Pour celles et ceux qui réussissent à dormir plus ou moins correctement dans cette période, lorsqu’on se réveille, et que la première pensée est de se rappeler que nous sommes en deuil, c’est comme une gifle qui revient chaque matin. Comme si la nuit avait permis de soulager une douleur insoulageable, mais au réveil, la réalité nous rappelle ce qu’on aimerait oublier.

Dans le fond, c’est surement très égoïste de voir le deuil comme une douleur qui nous est infligée. Je ne sais pas comment vous le vivez ou l’avez vécu, mais c’est vraiment ça qui prime chez moi : la douleur.

Le deuil, c’est aussi les pensées intrusives, qui arrivent sans prévenir, et dont on a du mal à se débarrasser. Mais quelque part, je pense qu’elles ont une fonction d’aide dans cette période. Quelque part, peut-être qu’elles sont là pour nous aider à accepter l’inacceptable. Et les sanglots qui nous prennent à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit, en un sens, permettent de vivre notre tristesse, permettent de faire ressortir ce trop plein de ce qu’on n’a plus.

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La mort en question

C’est compliqué de parler de la mort, c’est toujours un sujet très délicat, qu’on aborde avec des pincettes, comme si en parler risquait de nous tuer. On la voit un peu comme une maladie, ou quelque chose dont il faut s’éloigner à tout prix.

Puis chacun a son idée personnelle sur ce qu’il peut se passer après, ou bien croit qu’il ne se passe rien. Je ne me positionnerai pas sur la question, je pense que peu importe ce qu’il peut ou non y avoir par après, le résultat est le même, finalement.

Et puis la mort arrive toujours au mauvais moment, quand on ne s’y attend pas ou quand on s’y attend trop. Dans tous les cas, elle arrive généralement trop tôt. On ne sait jamais être totalement préparé(e) à cela.

S’en sortir ?

Tout le monde vous dira bien sûr que la douleur s’apaise avec le temps, qu’il faut se changer les idées, que ça ira, que vous arriverez à surmonter cela. Tout le monde aura un petit mot de courage à vous donner, quelques paroles ou un peu de leur temps pour vous consoler, ou tenter de vous faire sourire. Quoi que vous pensiez, je suis d’accord avec eux. Ils ont raison. La douleur passera, ou se modifiera. La douleur peut même devenir une force, dans certains cas. Même si on n’oublie pas, et ce n’est pas le but après tout.

Je pense que le conseil le plus précieux que je peux donner, qui m’a aidée et qui m’aidera encore, c’est d’aller à son rythme. Quand on se sent pétrifié par la situation, il faut avancer, même si ça signifie ramper. Les gens vous diront peut-être de sortir, de vous changer les idées, de vous amuser. Mais ce n’est peut-être pas ce dont vous aurez besoin. Peut-être que dans un premier temps, il faudra des moments seuls à vivre pleinement votre douleur, et ce n’est rien, ce n’est pas grave. Le tout, est de pouvoir continuer à fonctionner plus ou moins correctement, faire ce qu’il y a à faire, penser à vous, et surtout : vous laisser du temps.

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Et les sentiments ?

Le deuil c’est ce moment où plein de sentiments se mélangent : la tristesse de la perte, l’angoisse du vide, la culpabilité de ne pas avoir su faire un dernier au revoir, la colère de la mortalité de ceux qu’on aime, la sidération du choc, la joie des souvenirs, le drame de ne plus pouvoir en créer…

Et dans ce tourbillon de sentiments, on doit pouvoir petit à petit y mettre de l’ordre, comme si on rangeait notre maison. Apprendre à déculpabiliser, à calmer son esprit et son corps. La méditation pourra vous aider à traverser ce genre d’épreuve, vous laisser un espace de pensées et non pensées qui vous soulagera. Le sport vous aidera à vider votre colère, à vous changer les idées également.

Dans cette période, entourez-vous bien. Pas de personnes qui minimiseront votre peine. Pas de personnes qui ne vous laisseront pas d’espace et de temps. Entourez-vous de personnes qui vous apporteront de l’air frais, qui vous apporteront des sourires mais qui sauront que ce n’est pas pour ça que c’est gagné. Des personnes qui vous laisseront pleurer en silence quand vous en avez besoin, et riront avec vous quand vous y arriverez à nouveau.

Quoi qu’il en soit, bien que cela demande du temps, persuadez-vous qu’on s’en sort, car on s’en sort. Pensez une journée à la fois, c’est petit pas par petit pas qu’on y arrive.

Pourquoi cet article ?

Pourquoi cet article ? Parce qu’en l’espace de 6 mois j’ai vécu plusieurs deuils, qu’ils soient le deuil d’une vie qui ne sera plus jamais la mienne, le deuil du temps qui passe et ne reviendra jamais, le deuil de séparation, le deuil de deux êtres chers partis rejoindre les anges, le deuil de ma propre personne car je ne serai plus jamais la même après ces épreuves.

Je voulais en parler car ces 6 derniers mois ont été éprouvants, pénibles, atroces, angoissants. J’ai vécu avec la peur qu’une nouvelle catastrophe arrive à chaque nouvelle journée. J’ai vécu avec des cauchemars chaque nuit qui m’épuisaient chaque jour. J’ai vécu avec les larmes qui venaient dans mes yeux même lorsque j’avais l’impression de passer un moment heureux. J’ai vécu avec des images qui arrivaient à tout moment, me frappant chaque fois. J’ai vécu avec la boule au ventre qu’on m’annonce, encore, une mauvaise nouvelle. Et c’est ce qui s’est passé ce 28 février 2017. Et en réalité, ce n’est jamais fini, on n’a jamais fini d’avoir peur. Il faut apprendre à vivre avec et c’est ce que je m’efforce de faire à présent, et c’est ce que vous devez probablement faire également.

Alors voilà, cet article me tenait à coeur, pas parce qu’il sera exceptionnel, loin de là, je le ressens même plutôt déstructuré, mais parce qu’il me permet de faire passer ce que je ressens actuellement, et j’espère pouvoir toucher des personnes vivant la même chose que moi, car nous ne sommes pas seuls à traverser cette épreuve.

A toutes celles et tous ceux qui vivent, ont vécu, ou vont vivre un deuil, je vous envoie un immense courage. Rappelez-vous que vous pouvez vous effondrer, que tomber est permis, que vous pouvez ramper, mais qu’il ne faut jamais arrêter d’avancer, ni de vous battre, il ne faut jamais abandonner, car ça en vaudra toujours la peine.

Si vous ressentez le besoin de parler, n’hésitez pas à vous rendre ici.

Des bisous ♥

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En hommage à mes amours partis bien trop tôt ♥

9 commentaires sur “Le deuil, ou le trop plein du vide

  1. Article très touchant, qui m’as donné les larmes aux yeux. Surement parce que je me suis un peu retrouvée dans ton article. Pleins de courage à toi dans cette épreuve, mais je suis sur que tout vas bien aller pour toi 🙂

  2. Bonjour Sarah,
    Merci pour ton très joli article.
    Je suis dans une période de deuil amoureux
    Je comprends donc bien ton message.
    Le voir écrit noir sur blanc permet de relativiser, de se rassurer.
    Oui, cela passe, dit-on.. .
    Dans ma situation, le plus difficile est de s’entourer correctement.
    Encore merci

    • Je te souhaite beaucoup de courage… Cette période n’est pas simple et d’autant plus quand on n’est pas très bien soutenu… Je te souhaite vraiment d’en sortir plus fort…

  3. Ping : [à cœur ouvert] Ma descente aux enfers – Ilovemyself blog

  4. Ton article est très bien écris. Certains passage m’ont fait pleurer car je me suis tellement reconnue dedans. Je suis également en plein deuil, comme toi, d’une relation, d’une vie, de ma propre personne et rien n’y fais, je suis dans le même état sans aller mieux. J’ai d’ailleurs commencé à écrire pour soulager ma peine, ça aide, de temps en temps. Ton article m’a vraiment fait émue, continue ..

    • Oh j’espère que tout s’apaisera pour toi… Ecrire, ça fait du bien, ça permet de sortir un peu tout ce trop plein, et combler les trop peu… Je pense à toi et t’envoie mes pensées positives ♥

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